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Un impératif : La mise en scène des expériences.

1) Le piège de l’expérience-démonstration

La démarche expérimentale n’est en aucun cas réservée à l’animateur. Elle se trouve au cœur de la démarche Petits Débrouillards : les enfants élaborent les connaissances par manipulation et observation. Il convient de rejeter le mythe trop attirant, faussement confortable, de l’animateur-démonstrateur ou de l’animateur-vedette ! Comment réussir une animation si les enfants ne manipulent pas ? Exemple d’échec : les enfants reprochent à l’animateur de ne pas comprendre son expérience. Dans ce cas, les enfants ne se sont pas approprié l’objet, le plus souvent parce qu’ils n’ont pas participé à son élaboration, parce qu’ils n’ont pas eu à répondre à la question susceptible de les engager à réfléchir, à découvrir les phénomènes par eux-mêmes (quitte à les guider). D’où l’impérieuse nécessité d’élaborer, pour chaque expérience, non pas une simple accroche, mais une véritable mise en scène susceptible de motiver les enfants à manipuler, à observer, à s’interroger, et ce durant la séance entière.

2) Qu’est-ce qu’une mise en scène ?

a – Il n’existe pas une seule mise en scène par expérience.

C’est précisément dans la mise en scène que le talent et la recherche de l’animateur se révèlent. Chaque animateur, en fonction de l’expérience et des enfants auxquels il s’adresse, concevra une mise en scène originale. Les fiches d’expérience ne font que proposer quelques voies, à modifier, à amplifier, à remplacer... A partager surtout avec l’ensemble des animateurs et des formateurs, à l’occasion de rencontre et par l’intermédiaire du site Internet des Petits débrouillards.

b – Grands types de mises en scène

Il s’agit avant tout de poser une question, le plus souvent simple. Les déconvenues les plus fréquentes proviennent de l’absence de question posée ; il n’est jamais envisageable de présenter une expérience sans la faire vivre.

La « question » ne peut, bien entendu, sortir de nulle part. Elle peut jaillir naturellement d’un objet intriguant, comme le ludion. Elle peut être amenée par une histoire.

Elle peut souvent s’accompagner d’un défi, d’un jeu faisant entrer deux groupes en compétition – dans le cas du « tourbillon », du « ballon à réaction », de la « force centrifuge »,et de bien d’autres expériences. Il s’agit de bien lancer l’animation.

Afin de la poursuivre, sans repousser les changements de voie proposés par les enfants, d’autres expériences (donc d’autres questions) doivent êtres prévues pour accompagner la première et relancer l’attention.

3) L’importance du jeu

Pourquoi accorder une telle importance au jeu ? Rappelons simplement que sans intérêt personnel, il est rare que l’enfant s’engage dans l’activité. Or l’enfant est-il capable d’intérêt, attitude considérée comme une qualité éminente chez l’adulte ? En fait, la pensée de l’enfant fonctionne comme la nôtre : l’enfant agit selon ses besoins et son intérêt ! En revanche, la structure de sa pensée est différente de la notre : il convient d’adapter l’activité à chaque âge ; sans se priver pour autant d’anticiper parfois sur les phases de développement, en somme de proposer quelque chose de « trop difficile » : l’évolution d’un enfant est souvent inattendue.

Or c’est bien le jeu qui, en premier lieu, suscite l’intérêt des enfants – comme celui des adultes : on entend souvent les chercheurs affirmer qu’ils « se sont amusés à chercher... ». Mieux, l’intérêt suscité par le jeu mène très souvent, naturellement, à la réflexion approfondie, à ce que l’on pourrait appeler un « travail ». Le jeu, en effet, ne constitue pas, dans le cadre de l’animation, une fin en soi : on ne joue pas que pour jouer... le jeu constitue l’introduction à la réflexion et le moteur de l’adaptation. S’agit-il pour autant que les enfants fassent tout ce qu’ils veulent ? Non : « elle [l’éducation active] réclame surtout qu’ils veuillent tout ce qu’ils font;»

Claparède, L’Education fonctionnelle, cité par Jean Piaget, Psychologie et pédagogie, rééd. Folio/essai, 1994, p. 207.

 

Enfin, le jeu, auquel les enfants attribuent pourtant une si grande importance, ne doit pas être considéré comme délassement ou simple moyen d’expulser un trop-plein d’énergie. Il constitue au contraire « un exercice préparatoire, utile au développement physique de l’organisme »

Karl Groos, présenté par Jean Piaget, ibid., p. 211.

. Puissant levier d’apprentissage, il permet le développement des perceptions, de l’intelligence, de la socialisation, de l’intérêt. Par le jeu, les exercices intellectuels les plus rebutants peuvent s’avérer passionnants.

4) L’importance du langage

Durant toute votre mise en scène, vous ne cesserez de proposer votre langage, de vous habituer au leur, de tenter d’établir un accord sur les mots à employer pour rendre compte d’un fait. Que signifie, dans ce contexte, parler simplement aux enfants, les amener à la compréhension des phénomènes scientifiques, si souvent considérés comme « difficiles » ?

Est-il possible d’énoncer une vérité à l’aide d’un vocabulaire simple ?

En d’autres termes, est-il impossible de nommer le fait et l’explication scientifiques à l’aide d’un vocabulaire accessible aux enfants ?

Accepter un terme scientifique suppose l’intégration de notions annexes et des mots pour les exprimer. Dans le cadre d’une animation consacrée au ludion, le mot « pression » nécessite par exemple la compréhension des notions et des termes de masse, de poids, de surface... Autant de barrages à la compréhension pour un enfant de neuf ans.

On l’aura compris, toute la question réside dans la notion de « simplicité » : le langage utilisé avec les enfants n’est pas nécessairement « simple », il est avant tout le fruit d’une négociation, d’un accord avec l’enfant, d’une adaptation réciproque.

Une fois de plus, la solution nous est donnée par le recours à l’expérience scientifique.

Les mots susceptibles de décrire efficacement le fait et de l’interpréter devront être recherchés dans l’assemblée des enfants : manipulant l’objet, ils proposeront, par exemple, « je pousse » ou « j’appuie » sur le ludion ! Le consensus se réalise ainsi, à l’aide d’une terminologie temporaire, à perfectionner. Il s’agit de toucher aux notions essentielles, parfois complexes, par l’intervention directe des enfants et grâce à l’usage d’un vocabulaire (parfois imprécis) établi pas négociation.

Dans le même temps, l’animateur comme l’enfant auront à se débarrasser de « mauvaises habitudes » : l’enfant, par exemple, devra cesser de considérer le « volume » comme le « gros bouton » de sa chaîne stéréo... Les animateurs auront à déceler ce type de blocage. Les obstacles sur le langage se combinent souvent aux obstacles épistémologiques.

L'essentiel

Au final, est de créer une « ambiance » particulière ; la capacité de chacun à s’entendre sur les mots détermine l’accès des enfants à la démarche. Entrant dans une salle, chaque enfant est baigné dans un univers particulier, celui de la cour, du jeu, du conflit. A l’animateur d’instaurer un « jeu de langage » et une « forme de vie » particulière à l’activité expérimentale. Le recours à l’objet et à l’expérience, correctement mis en scène, peut permettre ce passage.

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